d'Anton Tchekhov
Adaptation et Mise en scène : Mathieu Alexandre
Assistante à la mise en scène: Cécile Martin
Avec Audrey Daoudal, Serge Duchesne, Katia Ghanty, Mathieu Heribel, Pauline Ferrara, Fabien Martin, Jean-Baptiste Quiot, Maud Ribleur, Vincent Steinebach, Pierre Timaitre
Création: MJC - Savigny sur Orge (octobre 2010) Représentations: MJC - Savigny sur Orge (2 représentations, octobre 2010)
Dans une ville de province, un an après la mort de leur père, trois jeunes soeurs et leur frère vivent loin de leur rêve : partir pour Moscou.
Tchekhov nous parle de la jeunesse, une jeunesse qui n'aspire qu'à être heureuse. Olga, Macha et Irina et tous les jeunes gens qui les entourent se cherchent, essayent de sortir des cadres de "l'impitoyable théâtre familial", pour s'envoler vers une vie future, plus brillante, plus joyeuse.
Les trois soeurs raconte l’histoire d’un groupe de personnes. Ils se retrouvent, se déchirent, luttent, s’aiment, se quittent. C’est d’abord le groupe qui a été au centre du travail, raconter l’histoire d’un collectif.
Les trois premiers actes de la pièce (qui en compte quatre) se passent dans la maison familiale. L’espace sera modifié par la lumière, permettant de passer d’une grande pièce (acte 1), à une petite salle de bain (acte3). Il ne s’agira pas de créer le décor d’une maison, mais plutôt de donner l’impression d’un lieu de passage où il est difficile de conserver son intimité.
L’acte un, a pour cadre l’anniversaire d’Irina, la plus jeune des trois soeurs. Les spectateurs seront invités à prendre part à la fête. Sur la scène un podium où Touzenbach (un des prétendant d’Irina), se chargera de la musique et où l’on pourra venir parler à l’ensemble des invités via un micro. J’ai voulu faire de ce premier acte un lieu de fête, de joie, de jeunesse. Une fête d’anniversaire pleine de vie.
L’acte deux se déroule deux années plus tard. Nous sommes toujours dans la maison. Un lustre est posé au sol (certainement pour être réparé) la plupart de ses ampoules sont grillées. Le podium s’est transformé en une sorte de gradin qui fait face au public. La lumière est très faible, et l’acte sera perturbé par d’incessantes pannes électriques. C’est bientôt l’hiver, et la maison n’est pas si confortable. Au sein de cette grande pièce il est difficile d’aller au bout d’une discussion sans être interrompu, et l’on peut être définitivement seul au milieu d’un groupe.
L’acte trois commence alors qu’il y a le feu en ville, un grand incendie. Les protagonistes se retrouvent dans la seule pièce de la maison où l’on ne voit pas le feu (déni de la réalité ?). Ce lieu est censé être la chambre commune d’Olga et d’Irina. Pour insister sur ce manque flagrant d’intimité, nous avons décidé de situer cet acte dans un lieu où l’on désire être seul : une toute petite salle de bain. Cet acte trois est celui de tous les aveux, de tous les règlements de comptes entre les trois soeurs et leur frère. L’exiguïté de la pièce rend ce moment encore plus explosif.
L’acte quatre se déroule à l’extérieur. Après la sensation d’étouffement de l’acte trois, c’est le jour, le grand air. Le sol sera simplement jonché de feuilles mortes. Les trois soeurs sont dépossédées de leur maison par Natacha. Elles trouvent refuge dans le jardin, d’où elles voient partir les militaires, leurs amours, leurs espoirs. Je voudrais faire de cette fin un élan vers le futur, montrer que Tchekhov ne raconte qu’une partie de leur vie, et que lorsque le rideau tombe, l’histoire continue. C’est pourquoi la fin du spectacle se fera en décrescendo lumière sur les trois soeurs pleines d’espoirs malgré les drames qu’elles viennent de vivre.
J’aimerais rendre palpable l’envie folle des trois soeurs de partir à Moscou. De rendre visible ce rêve qu’elles font tout au long de la pièce. Ainsi, la musique (créée pour l’occasion par Katia Ghanty, Audrey Daoudal et Serge Duchesne) nous entraînera dans des échappées oniriques où le rêve prendra enfin le dessus, et où pour quelques instants, nous nous envoleront avec elles. Ces moments de poésie naîtront entre les actes, pour créer une ellipse temporelle et pour chorégraphier les changements de décors.
Ce qui m’a tout de suite interpellé dans Les trois soeurs, c’est l’humour et la drôlerie de Tchekhov. Alors nous avons travaillé cette pièce comme un Feydeau. Non pas pour en faire un vaudeville, mais pour retrouver le rythme de la comédie et pour montrer l’humanité des personnages : ne pas hésiter à les rendre ridicules, grossiers, méchants, mais aussi touchants, amoureux, drôles, beaux… bref, qu’ils soient vivants, proches, palpables, et non pas prisonniers d’une lointaine époque.
L’aspect émouvant et tragique de cette histoire n‘en ressort que davantage.
Tchekhov, avec l’histoire des trois soeurs, nous entraine de la fête à l’onirisme, de la mélancolie à la joie. C’est avec un bonheur immense que nous l’avons suivi.
